Philosophie
Les Vins du Coin est une association de vignerons, rassemblés autour d’un même projet : produire des vins honnêtes et… buvables. Ces deux adjectifs paraissent bien pâles comparés au vocabulaire généralement utilisé pour vanter les mérites d’une appellation, d’un cru ou d’un label. Et pourtant dans le monde viticole, ces notions ont bien failli disparaitre et sont toujours en danger.
Jamais on a autant parlé de terroir, d’authenticité et de tradition depuis que les sols viticoles sont délabrés, les poudres de perlimpinpin oenologiques généralisées et que la tradition remonte aux cuves inox et aux vendangeuses (mécaniques, celles qui puent le gasoil).
Pendant deux ou trois décennies de dérive, quelques crocodiles ont tenu la barre du vin vrai : celui qui ressemble à l’endroit d’où il vient et que l’on peut boire sans craindre les lendemains qui déchantent.
D’une poignée il y a vingt ans, sont nés quelques centaines de vignerons qui s’agitent aujourd’hui à travers le vignoble (principalement Français et Italien) pour que l’on n’efface pas deux mille ans de culture viticole au profit d’un hypothétique goût international, d’une distribution centralisée (2/3 des vins vendus en grande distribution) ou du lobby des industriels de la chimie agricole.
Depuis quelques années, quelques groupes se sont constitués pour partager des idées, du travail, des canons, Les Vins du Coin s’inscrit dans cette mouvance, avec ses spécificités locales.
Ici la viticulture a toujours été calme, probablement parce qu’elle était plus facile qu’ailleurs. La proximité de Paris a toujours assuré un débouché aux vins locaux, quels qu’ils soient. Aussi quand la consommation a chuté et que les moyens de transport permettaient d’acheminer des vins plus lointains, les vignes ont déserté la Sologne, les bords de Loire d’Amboise à Orléans et la vallée du Loir, tranquillement, sans faire de vague. La vallée du Cher a conservé une activité viticole plus dense et semble subir cette crise aujourd’hui, à retardement.
Aujourd’hui la vigne vaut moins cher que son coût de plantation, un syndicat viticole vient de retirer du décret les cépages locaux au profit de cépages internationaux et a embauché un oenologue du nouveau monde pour conseiller les vignerons à produire des vins qui collent au marché. Ce contexte nous a probablement permis de nous poser quelques questions sur l’avenir de notre paysage, de notre métier, de ce que nous avions envie de vivre.
Dans ce groupe, il y a des fils de paysans, des ex-citadins, des installés depuis 25 ans et d’autres depuis avant-hier, des vignobles de 3 à 20 hectares. Certains ont la fibre jardiniàre, d’autres sont plus vinificateurs. Mais tous ont conscience que la terre ne nous appartient pas et qu’il faut la respecter pour pérenniser notre métier, tous sont prêts à prendre des risques pour produire de beaux raisins et les accompagner en cave pour qu’ils soient le reflet d’un endroit et d’une année ; de beaux raisins transformés en vins honnêtes et buvables.